ARA 2018 – Interview avec Joseph Quenum d’Eyone

Nous sommes avec Joseph Quenum Gérant d’Eyone Sénégal et architecte fonctionnel de la solution Eyone Medical Suite. La startup a participé avec sa solution Eyone Médical Suite à la 4ème édition des African Rethink Awards (ARA), organisés pour la deuxième année consécutive à la CCI de Côte d’Ivoire, à Abidjan, en présence de nombreux acteurs africains et européens de l’innovation et du numérique.

Qu’est-ce qui vous a motivé à participer aux ARA?

D’abord participer à ce concours qui est continental et francophone, rencontrer d’autres écosystèmes, voir comment ils fonctionnent comment ils réfléchissent et éventuellement voir s’il y a des synergies possible. La participation aux ARA était pour nous un moyen de rencontrer des investisseurs, des personnes décisionnaires et des gens qui ont du vécu et échangent dessus.

Comment s’est passé votre préparation ?

Vu qu’on a l’habitude de pitcher et qu’on a été lauréats sur beaucoup de concours en local, ici au Sénégal il nous fallait juste voir le contexte sur lequel il fallait orienter le pitch. La préparation s’est bien passée c’était un pitch classique que l’on a l’habitude de faire. Nous avons préparé notre pitch avec des slides mais arrivés sur place nous nous sommes rendu compte que c’était un concours sans slides.

Qu’est-ce qui vous a le plus marqué une fois sur place ?

Nous avons fait un petit détour par Casablanca pour participer à un event qui n’a finalement pas eu lieu et nous avons dû patienter sur place parce qu’ils ne pouvaient pas nous mettre sur un vol différent.

Arrivés sur Abidjan ce qui m’a marqué c’était l’environnement ; j’ai découvert un pays que je ne connaissais pas. Ce qui m’a aussi marqué c’est l’organisation de l’ARA qui état impeccable.

J’ai découvert qu’ils avaient des manières différentes de s’exprimer. Nous avons pu voir que la Côte d’Ivoire est vraiment une plaque tournante pour les startups. Aujourd’hui que ce soit Eyone, Jenmedia, Bayseddo ou les 25 autres structures qui étaient là-bas nous avons tous les yeux rivés sur la Côte d’Ivoire qui est un marché à aller chercher en priorité. 

Vous n’avez pas eu de prix, pourquoi d’après vous ?

Pourquoi nous n’avons pas eu de prix ? Ceux qui l’ont mérité ont eu le prix. Nous sommes conscients que nous sommes dans un secteur assez compliqué et complexe. La e-santé est un secteur où les gens sont assez sceptiques par rapport aux solutions que nous proposons ; par rapport à l’adoption de nos solutions par rapport aux états, même par rapport aux consommateurs. Nous étions à peu près sept ou huit sur 28 de la e-santé et il y en a aucune qui a eu un prix. Ce n’est pas la première fois que l’on va en concours en Afrique où la e-santé est en sixième ou septième position par rapport aux priorités des investisseurs et autres. En général ils sont braqués sur tout ce qui consommation, bio-énergie et recyclage de déchets. Mais cà ne nous empêche pas de continuer, nous savons que tôt ou tard la e-santé est incontournable. Nous allons continuer notre petit bout de chemin, le moment viendra pour notre secteur.  

Pourquoi les investisseurs sont braqués sur les autres secteurs ?

Ce sont les objectifs qu’ils se sont fixés d’ici 2025 ou 2030 en fonction de la zone. Donc tout ce qui est énergie renouvelable, agriculture, e-agriculture, recyclage de déchets par rapport à l’environnement sont prioritaires. Le focus est sur ses domaines mais aussi sur l’entreprenariat féminin qui est aussi très en vogue.

Comment se porte Eyone ?

Eyone se porte bien, nous sommes toujours en auto financement. Nous sommes toujours derrière les investisseurs nous cherchons du financement pour pouvoir passer à l’échelle et continuons à avancer à notre rythme pour avoir les reins assez solide pour pouvoir déployer à grande échelle. Cependant nous sommes prêts à déployer à grande échelle, nous avons une très bonne équipe et continuons à recruter que ce soit dans le domaine de l’informatique c’est-à-dire les développeurs, mais aussi des commerciaux ou marketing. Nous gonflons l’objectif en fonction de nos moyens pour pouvoir au moment où les investisseurs arriveront aller très très vite.

Quels ont été vos objectifs pour cette année 2018 ? A quel niveau en êtes-vous ?

Nos objectifs de 2018 ! Comme vous le savez Eyone n’est pas que dans la e-santé. Nous sommes à la base éditeurs de logiciels informatiques : nous transformons toutes demandes ou tout cahier de charge en système d’information. Nous avons des produits sur étagère notamment sur la santé, un pour les petites et moyennes entreprises et un sur l’éducation. Pour chaque secteur nous sommes fixés des objectifs mais la plus grosse part de l’objectif c’est avec le médical avec Eyone Medical Suite parce que ce que nous ce que nous essayons de faire c’est de mettre en place un système de santé connecté et pour ça il faut l’implication de tous les secteurs, que ce soit l’état, le secteur privé, le patient lui-même, les structures de santé elles-mêmes et les compagnies d’assurance. En 2018 nous nous sommes fixés pour objectif d’avoir une dizaine de cliniques privées au Sénégal, d’avoir deux ou trois hôpitaux et au moins une cinquantaine de médecins privés. Par rapport à l’objectif des cliniques nous ne sommes pas très loin, nous sommes à plus de 60%, pour les médecins privés nous ne sommes pas loin de l’objectif fixé. Là où nous calons un peu ce sont les hôpitaux où la décision prend du temps donc nous attendons toujours des phases pilotes. Nous sommes en contact avec tous les autres acteurs et entités qui vont interagir avec ce système de santé connecté. Nous sommes en pourparlers avec l’Etat, la sonatel, l’ordre de médecins, le syndicat des médecins, les entreprises d’assurances etc. Nous avons déjà la Commission Des Données personnelles. Nous sommes pas mal avancés mais il reste encore du chemin ! Globalement nous sommes à 60% des objectifs que nous nous sommes fixés car il y a l’aspect « hôpitaux » qui nous plombe un peu les chiffres parce que la prise de décision est assez compliquée car il y a beaucoup de personnes impliquées. Le jackpot serait que l’information vienne du ministre…

Quels sont les difficultés que vous rencontrez dans vos activités ?

La première difficulté concerne les impôts car le système ne reconnaît pas l’aspect « startup » et elles sont imposées comme une entreprise normale avec de lourdes pénalités qui empêchent certaines startups qui ont de bonnes idées d’aller plus loin parce que l’impôt tape très fort dessus ! Après, l’écosystème est en train d’être mis en place donc Il y a des gens qui y sont très impliqué mais les investisseurs ne sont pas très friands de ce genre d’écosystème pas mature.  La dernière difficulté que nous rencontrons est que le marché est pollué par des solutions de petits développeurs qui prennent des solutions toutes faites sur le net et qui les bidouilles pour leurs clients à cent cinquante mille – deux cents mille FCFA. Comme dit plus haut nous sommes éditeurs de logiciels et nous concevons nous-mêmes nos solutions. Une entreprise qui a des charges un personnel à payer et des taxes n’arrive pas à tenir. Et ces solutions qu’ils développent ne répondent pas aux besoins des médecins ; d’ailleurs les médecins et les cliniques  que nous avons eu à convaincre ce sont rendus compte que la solution qui leur avait été proposée n’était rien par rapport à la solution complète que nous proposons. Notre solution gère depuis l’admission à la sortie en passant par la facturation et la gestion même de la clinique avec toutes les problématiques que l’on rencontre aujourd’hui dans la facturation du médical.

Alors, à quoi doit-on s’attendre pour l’année 2019 ?

D’abord il y a le lancement du passeport médical, l’assistant digital destiné aux particuliers va révolutionner le secteur de la e-santé au Sénégal, le déploiement en grande échelle que ce soit au Sénégal, au Mali nous avons déjà commencé avec Eyone Mali qui existe et qui est en train de faire un pop avec Orange Mali et pour la Côte d’Ivoire nous avons ouvert le marché et avons déjà un client. Normalement nous lancerons Eyone Côte d’ivoire en 2019. Eyone Maroc est aussi quasiment ouvert il va juste rester le Niger et nous aurons atteint l’objectif de 2019.

Eyone est parti pour devenir en 2019 une entreprise sous régionale ! 



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